[excursus 3] le romantisme avant la Révolution Française

Saint Jean de la CroixUn nouveau problème a récemment été soulevé par notre histoire de l’art corrélée à l’histoire du christianisme. Celui de la dynamique des contenus du romantisme d’avant la Révolution Française. Étaient-il tout unanimement chrétiens? Certes, dans certains exemples significatifs de poésie chrétienne — Jean de la Croix, Thérèse d’Avila, Ignace de Loyola.

Mais qu’en est-il d’un roman courtois, ou d’un Cervantès? Pour ce dernier, Hegel a déjà proposé la réponse à cette question : Don Quichotte est, de manière exemplaire, un héros romantique. L’existence finie est inadéquate à l’aspiration infinie du sujet dans sa tension vers l’idéal.

Qu’en est-il d’un encore d’un Villon? D’un roman comique?

Pour commencer de répondre à ces questions, disons que : notre objet, c’est le romantisme. Or, y compris à l’ère chrétienne, le romantisme n’est pas toute la réalité, ni à fortiori, tout l’art.

Il y a, dès avant la Révolution Française, des dynamiques à l’œuvre dans le monde chrétien, qui sont autres que le romantisme chrétien — des déterminations économiques par exemple, dont les Croisades furent tributaires.

Vermeer de DelftPour cette raison, durant l’ère chrétienne, il y a des styles d’art qui tendent moins à la célébration du christianisme que vers d’autres directions. Exemple : vers l’existence terrestre, immédiate. C’est le cas de l’art hollandais du XVIIème siècle.

Ou encore, auparavant, avec les innovations de la Renaissance : une rationalisation de l’espace pictural, et des techniques de production des formes. Il y a un avènement de l’artiste comme sujet, comme style individuel, impliquant la reconnaissance de la signature (notamment comme attestation de la valeur marchande).

Dans le même temps, ces innovations sont toutes impliquées dans une peinture déterminée par le culte. Le dégagement du sujet, par rapport à la substance anonyme de la survie, est encore un fait collectif, et intégré dans des formes culturelles de l’époque. C’est un classicisme renaissant, qui exprime une nouvelle forme du penser, du sentir et du peindre à travers la continuité d’une forme du penser, du sentir et du croire.

La Renaissance italienne, ce n’est pas un classicisme de la continuité de l’art et du politique comme en Grèce antique, mais le romantisme à partir duquel se dégage la subjectivité ordonnatrice. Celle qui domine la nature et qui maîtrise les éléments qu’elle manipule. De ce point de vue, l’art italien renaissant est une dynamique dans l’ensemble dynamique que représente la Renaissance du point de vue des sciences et des techniques, bref, sur le plan de l’universel.

Masaccio_TrinitéDire que la Renaissance c’est l’affirmation de la subjectivité de l’artiste est un point de vue inconsistant tant qu’il consiste en la projection sur un fait historique isolé de son contexte, de représentations par ailleurs courantes dans notre monde. Cette affirmation tend vers le vrai lorsqu’elle rend compte du contexte qui favorise l’affirmation du style de l’artiste en relation avec le contexte scientifique, technique, économique, idéologique… de l’Italie d’alors.

Cela étant, pour revenir que la question de départ — les contenus du romantisme d’avant la Révolution Française étaient-il tout unanimement chrétiens? Ce qui est impossible, c’est de trouver, dans la sphère de domination politico-religieuse chrétienne, une seule manifestation artistique qui ne soit cependant marquée par le christianisme. Aussi bien dans les exemples cités ici, qui se définissent toujours en conformité avec une symbolique de la chrétienté, que dans les contre-expressions, hérétiques.

Et de même que s’agissant de l’art non romantique mais restant sous l’influence chrétienne du temps de la chrétienté dominante, un art actuel non romantique, comme le romanesque, inclura le plus souvent des éléments de romantisme, par exemple en tant que protagoniste (le romantisme du jeune homme dans le roman d’apprentissage), ou encore, se définira en contre, ce qui est encore une marque du romantisme comme dynamique spirituelle lourde.

Reste que le romantisme se survit après la mort du christianisme. C’est le romantisme explicite, moderne. Visionnaire mais halluciné. Nous en explicitons le système ici (critique chic 3). La vie de l’esprit, le post-christianisme, s’il doit marquer un progrès vis-à-vis de ce que le christianisme comporte d’inertie et de fausseté (notamment sur le plan politique) doit néanmoins conserver en lui ce que le christianisme a produit de meilleur du point de vue de l’universel. La personne et l’expression de la subjectivité infinie.

Dans notre histoire de l’art, notre objet n’est donc pas le christianisme en lui-même, c’est-à-dire comme religion, ni non plus comme idéologie politique. Sinon, le christianisme comme surdétermination spirituelle imprimant sa forme sur les productions expressément symboliques, c’est-à-dire les productions artistiques.

En procédant ainsi, notre analyse va du général au singulier, puis du singulier au particulier. Car en effet, notre méthode, en suivant la logique contradictoire de la chose, identifie les antinomies complémentaires de son mouvement, les contraires qui s’expriment en chaque séquence historique pertinente, et se perpétuent en se transformant. Notre approche revient alors moins à porter un jugement sur des productions artistiques et esthétiques, qu’à élucider la détermination spirituelle de ces productions. Que cela aboutisse à un jugement appartient au lecteur.

 

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